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par Denis Ghesquiere:
DES FAITS DE PEDOPHILIE CE LUNDI A LA COUR D'ASSISES DE MONS :
Un récidiciste dangereux... et fort peu contrôlé
Par GHESQUIERE, DENIS - LE SOIR
29.04.1996 N°101, X, IG Page 12
Après huit ans de prison, le pédophile
a pu « se refaire un réseau » avec une facilité
qui pose bien des questions...
Le procès qui s'ouvre ce lundi à
la cour d'assises de Mons aura bien sûr pour objet de juger un
accusé, un homme de 45 ans, originaire de Charleroi, dont la
pédophilie aurait fait, suivant l'acte d'accusation, neuf jeunes
et très jeunes victimes. Les débats devraient aussi, une
fois encore, arriver à s'interroger sur la vigilance des autorités
judiciaires, des services sociaux et de la société, en
général, à l'égard d'une catégorie
de délinquants présentant le plus haut risque de récidive.
Que penser du fait qu'un pédophile déjà lourdement
condamné ait pu, selon l'enquête, attirer ses victimes
au moyen d'affiches apposées aux valves du service pédiatrique
d'un hôpital de Charleroi ? Et qu'avant cela, de sa prison, il
ait pu préparer sa récidive en entretenant une correspondance
avec des adolescents dont il avait repéré les adresses
dans des magasines pour jeunes ?
Jean-Claude Bertrand, né à
Auderghem, le 27 octobre 1950, avait en effet été condamné
le 2 avril 1987, par la cour d'appel de Bruxelles, à dix ans
de prison, notamment pour un attentat à la pudeur perpétré
avec violence sur deux mineurs de moins de seize ans. Le pédophile
purgera finalement huit ans de prison, de juillet 86 à juillet
94.
Les faits qui lui valent aujourd'hui de comparaître
devant le jury populaire du Hainaut auraient été commis
entre le ler août 1994 et le 20 janvier, 1995. Autant dire que,
si sa culpabilité est établie, l'accusé n'a pas
perdu de temps pour s'en prendre de nouveau à des enfants.
La froide terminologie du droit pénal
amène l'accusation publique à lui imputer des actes de
pénétration sexuelle, constitutifs de l'infraction réputée
viol avec l'aide de violence sur la personne d'enfants qui n'ont pas
atteint dix ans au moment des faits - en l'occurrence une fillette de
sept ans et un garçonnet à peine moins jeune. Les sept
autres victimes sont des garçons, de dix à quinze ans.
Suivant les catégories d'âge retenues par le Code pénal,
on en arrive à trois infractions distinctes, la plus grave étant
passible des travaux forcés à perpétuité.
Le cynisme des moyens mis en oeuvre par l'accusé,
selon la thèse du parquet, pour fréquenter et violer ces
enfants est consternant. Installé dès la fin de sa détention
dans un studio de la rue du Laboratoire, à Charleroi, il parvient
à séduire ses jeunes victimes, par des promesses de cadeaux,
d'argent, ou en les invitant à s'adonner chez lui à des
jeux vidéo.
Le ministère public expliquera aux
jurés comment le quadragénaire a créé à
son domicile un « club de jeunes», prétendument pour
leur venir en aide; c'est ce fameux club qui bénéficiera,
d'une publicité par affiches, placardées en plusieurs
endroits fréquentés par des mineurs, et notamment dans
un service de médecine pédiatrique !
UNE JOURNEE À HUIS CLOS AU PROCES D'UN PEDOPHILE RECIDIVISTE
AUX ASSISES DE MONS
La défense mettra en question la responsabilité
Par GHESQUIERE, DENIS - LE SOIR
30.04.1996 N°102, X, IG Page 18
L'accusé nie tous
les faits de violence. Aucune des familles de victimes ne s'est constituée
partie civile.
A partir de ce lundi, les jurés désignés
par le sort et le jeu des récusations à la cour d'assises
de Mons ont eu le pénible devoir de se pencher sur les agissements
reprochés au nommé Jean-Claude Bertrand. Ce Français
de 45 ans, domicilié depuis toujours dans la région de
Charleroi, est accusé des crimes de viol avec violence de deux
enfants (un garçonnet et une fillette) de moins de dix ans, du
viol avec violence de deux garçons âgés de dix à
quatorze ans, et d'attentats à la pudeur sur des enfants et adolescents
de moins de seize ans.
Au total, neuf victimes ont été
identifiées; les sévices infligés aux plus jeunes
pourraient, valoir au pédophile la perpétuité,
L'acte d'accusation évoque des pénétrations de
diverses natures, sodomies, fellations, masturbations et autres attouchements
sexuels, La présidence, Mme Tumelaire, s'est, fait un devoir
d'expliquer aux jurés qu'une loi de 1989 a élargi la notion
de viol à « tout acte de pénétration sexuelle,
de quelque nature que ce soit, sur une personne qui n'y consent pas».
Il fallait également, rappeler que des relations sexuelles avec
des enfants de moins de quatorze ans sont constitutives du «crime
réputé viol avec violence», s'agissant de victimes
dépourvues de la capacité d'y consentir.
On note qu'aucune famille ne s'est constituée
partie civile; l'acte d'accusation considère que Bertrand a trouvé
ses victimes dans un milieu défavorisé, Les enfants seraient
presque tous introvertis, peu enclins à s'extérioriser,
intellectuellement défavorisés ou ont subi des difficultés
familiales importantes ou traumatisantes.
Le quadragénaire qui a fait son entrée,
lundi, dans le box entre deux gendarmes, est un homme râblé
au visage bouffi, portant barbiche et cheveux très longs, vêtu
d'un tee-shirt blanc, d'un blouson fantaisie peu adapté à
son âge et aux circonstances, et de chaussures de sport. Après
une mauvaise scolarité interrompue à treize ans, il n'a
jamais mené un apprentissage à son terme, et a toujours
vécu de «combines». II a perdu son père très
jeune et a habité chez sa mère jusqu'au décès
de celle-ci, en 1985, II a confié n'avoir jamais éprouvé
d'amour filial pour elle. Son casier judiciaire, déjà
lourd au chapitre des mœurs, révèle des condamnations
pour vols, coups et rébellion.
Avec l'assentiment de toutes les parties
et dans le souci de ne pas mettre à mal l'ordre public et les
bonnes mœurs, Mme Tumelâjre a ordonné le huis clos
pour cette première journée, consacrée à
l'audition, du juge d'instruction Lofent, des policiers chargés
des devoirs de l'enquête et du médecin légiste,
A l'ouverture des débats, Mtre Fayt, aux côtés de
Mtre Carine Matysiak sur le banc de la défense, a souligné
que son client niait tous les faits de violence qui lui sont reprochés.
La défense, annonce-t-il, doute très
fort de la responsabilité de Bertrand, pourtant établie
par les experts psychiatres. Il faudra aussi se demander comment on
a pu en arriver là, et s'interroger sur le suivi de M. Bertrand
pendant sa détention, et après sa libération, prévient
l'avocat.
II convient en effet de rappeler que, purgeant
sa peine après une condamnation à dix ans de prison pour
des faits de même nature, Jean-Claude Bertrand a pu, de sa cellule,
entretenir une correspondance régulière avec une vingtaine
d'adolescents. Les faits qui lui valent aujourd'hui une comparution
en assises datent des mois qui ont directement suivi sa sortie de prison.
La suite des débats, ce mardi, devrait être publique.
Le pédophile jugé à Mons hanté par un
compagnon disparu: "Le monsieur qui habitait la cave"
Par GHESQUIERE, DENIS - LE SOIR
02.05.1996 N°103, X, IG Page 18
Interrompu par le 1er mai, le procès
à charge du carolorégien Jean-Claude Bertrand reprend,
ce jeudi matin, devant la cour d'assises de Mons. Faute de faire comprendre,
les témoignages entendus mardi en audience publique permettent
de mieux cerner la personnalité de ce pédophile récidiviste,
accusé de viol avec violence et d'attentats à la pudeur
contre neuf enfants de sept à quinze ans.
Il a déjà été
dit que cet homme de 45 ans, de nationalité française,
a suivi une scolarité médiocre jusqu'à treize ans,
et a toujours vécu d'expédients, sans jamais exercer de
vrai métier. Plusieurs fois condamné pour faits de mœurs,
il l'a aussi été pour vols, coups, rébellion. Malgré
son physique de bagarreur de bistrot, il présente, d'après.,
plusieurs témoins, les signes d'une «certaine intelligence»,
II s'exprime avec facilité oralement, mais aussi par voie épistolaire.
Une véritable frénésie d'écriture, dit un
de ses avocats. Une très abondante correspondance, datant de
son séjour en prison, entre juillet 86 et juillet 94, mais aussi
de la période des faits mis à sa charge, entre août
94 et janvier 95, et de son actuelle détention, gonfle considérablement
son dossier répressif, et corrobore le témoignage de ses
petites victimes. Mme Michèle Collait, conseillère morale
à la prison de Mons, continue de recevoir des lettres de Jean-Claude
Bertrand. Appelée à la barre par la défense, elle
évoque un homme gentil, poli, attentionné, intelligent
mais très naïf. Il a un grand besoin d'affection, et veut
en donner. En fait, il ne comprend pas ce qu'on lui reproche, dit encore
la conseillère morale- Comme à d'autres témoins,
Bertrand lui a parlé d'un certain Jonathan, connu lors d'un des
fréquents séjours en institutions qui ont marqué
la jeunesse de l'accusé.
Ce jeune adolescent avait eu des relations
sexuelles avec lui, et avait mis fin à ses jours lorsqu'ils furent
séparés l'un de l'autre Cet épisode a peut-être
été déterminant dans la pédophilie homosexuelle
exclusive de l'accusé. Essayer de comprendre n'est jamais une
perte de temps dans un procès d'assises. Aussi devait-on prêter
une attention particulière à la déposition de Barbara
Brigmane, psychologue auprès du Crasc, le centre qui vient en
aide aux délinquants sexuels. De sa prison, Bertrand avait commencé
un cours par correspondance, phase préalable à un traitement
qu'il n'entama cependant pas, une fois en liberté. Il est établi,
pour le témoin, que l'accusé a lui-même subi de
nombreux abus pendant son enfance.
L'audience de mardi a aussi été
l'occasion d'entendre des enseignants et des parents de petites victimes.
De quoi entrevoir le milieu modeste dont sont issus tous ces enfants,
dont certains avaient déjà vécu des expériences
traumatisantes, et constituaient des proies particulièrement
vulnérables. On a vu comment, en fort peu de temps, Jean-Claude
Bertrand a pu faire de son petit studio, rue du Laboratoire, un véritable
jardin d'enfants, attirant avec ses cadeaux et autres jeux vidéos,
des gosses du quartier et même de son immeuble. Les parents se
sont méfiés trop tard du «monsieur qui habite dans
la cave», selon le mot d'une petite victime qui avait pris l'habitude
de quitter l'appartement parental pour descendre retrouver d'autres
bambins et leur bien curieux protecteur...
Perpétuité pour le pédophile jugé à
Mons. Peine maximum, faute de mieux...
Par GHESQUIERE
Parce que neuf enfants, âgés de 7 à 15 ans, ont
été victimes de viols avec violence ou d'attentats à
la pudeur, il convenait de poser aux jurés du Hainaut pas moins
de 37 questions sur la culpabilité de Jean-Claude Bertrand. Le
jury populaire a répondu oui à toutes, ou presque : le
pédophile récidiviste aura la piètre et inutile
consolation de savoir qu'il n'a pas commis un attentat à la pudeur
le jour où il a tenté d'embrasser un garçon, de
dix ans sur la bouche. Le gamin avait pu se soustraire à ses
avances, les autres hêlas ! n'ont pas eu cette chance.
Aux yeux de l'avocat général, Michel Yernaux, il n'y
a pas à en douter : Ces enfants garderont des séquelles
toute leur vie, même si leurs familles, socialement défavorisées,
n'ont pas pris d'avocats pour se constituer parties civiles. Un enfant
violé, explique-t-il, perd son enfance. Il perd sa confiance
en l'adulte. Or, on ne peut pas grandir et s'épanouir sans une
relation de confiance avec les adultes, Le magistrat est aussi catégorique
sur la matérialité des faits.
Mon office s'est basé non pas sur un, mais sur quinze témoignages
d'enfants. Des études sérieuses estiment que, dans plus
de 95 % des cas, les enfants qui se plaignent de violences sexuelles
disent la vérité. Et puis il y a les constatations médicales
- assez lacunaires à la vérité - qui ont, en tous
cas, confirmé qu'une petite fille de 7 ans, parmi les victimes,
a subi une pénétration.
MANQUE D'INSTITUTION
La passé de l'accusé ne plaidait
guère non plus en sa faveur. Dès sa sortie de prison,
en juillet 1994, il s'est «remis en chasse», souligne l'avocat
général, reprenant la terrible expression du juge d'instruction..
Bertrand, dit encore M. Yernaux, est quelqu'un qui n'a jamais mis de
frein à ses pulsions. Et qui ne compte pas en mettre. Son rêve,
il l'a dit, reste de vivre avec un enfant de 12 à 14 ans, et
d'avoir des relations sexuelles avec lui. Irresponsable ? L'accusateur
public fait un sort à l'hypothèse : La perversité
n 'est pas une pathologie. On ne peut pas toujours expliquer un fait
abject par la maladie !
Ayant entendu les experts psychiatres et
la psychologue du Crasc (Centre d'aide aux délinquants sexuels),
les avocats de Jean-Claude Bertrand ont d'ailleurs renoncé à
poser la question de la défense sociale, laquelle permet quelquefois
d'aboutir à une mesure d'internement plutôt que la prison.
Si la plupart des chefs d'accusation n'étaient pas contestés,
Mtres Fayt et MatysiaK se sont néanmoins appliqués à
montrer qu'il y avait doute pour les plus graves. En vain.
C'est aussi le procès d'une société
qui n'a pas encore trouvé de solution à un problème
récurrent de génération en génération,
plaide Mtre Fayt. Sa consoeur rappelle que Bertrand avait lui-même
été victime d'abus sexuels dans son enfance, et qu'il
est toujours hanté par le souvenir d'un jeune compagnon côtoyé,
entre huit et douze ans, dans une institution.
Ce procès d'assises est une nouvelle
occasion de constater, pour éventuellement le déplorer,
qu'il n'existe dans le système pénitentiaire belge aucune
institution capable de traiter les délinquants sexuels en milieu
fermé. Ce sera donc, conformément aux réquisitions
de l'avocat, général, les travaux forcés à
perpétuité. Faute de mieux, penseront d'aucuns…
Quelques considérations de Denis Ghesquière
Et elle a bonne mine, la Namuroise visiteuse
de prison, qui se dit pompeusement «conseillère morale»,
quand elle affirme doctement :
- Ils n'ont pas la reconnaissance de l'autre.
Ils vont prendre leur plaisir sans préoccupation de ce que vit
l'autre.
- Il avait envie de donner son affection à
quelqu'un et d'en recevoir, bien sûr.
- Est-ce qu'il se sentait seul? Est-ce qu'il souffrait d'un sentiment
d'abandon? lui demande Me Fayt.
- Le plus grand sentiment d'abandon, dit-elle, ça été
la mort de Jonathan; il est toujours à la recherche de son Jonathan,
Bertrand a 12 ans quand il rencontre ce Jonathan
dans un des homes où il est fréquemment placé à
la suite de son comportement délinquant et de la fragilité
de la santé de sa mère, mais d'où il sort tous
les week-ends comme n'importe quel enfant en pension.
- Jonathan était l'initiateur, de
M. Bertrand, affirme la «conseillère morale» qui
n'était évidemment pas là. Quand on a retiré
M. Bertrand du home, Jonathan, paraît-il, s'est donné la,
mort… Pas Bertrand...
- Croyez bien que la question ne constitue pas un reproche, mais quelle
est votre formation? demande gentiment M. Yemaux à la bonne dame.
- En fait, si vous le permettez, fuit-elle, je ne vais pas répondre
à cette question-là tout haut. Mais, relayant l'avocat
général, la présidente Tumelaije insiste, et l'autre
bafouille:
- Euh… Je vais répondre, euh, par l'expérience,
et par certains séminaires… Elle ne tient pas à.
préciser davantage, mais: - Je peux vous répondre ailleurs,
suggère-t-elle.
- Ce n'est pas possible, Madame,
- Disons, avoue-t-elle alors, que je n'ai pas de formation particulière…
Et la «conseillère morale»,
dont on ne saura jamais quels étaient les conseils ni si elle
a des enfants, retourne à ses casseroles qu'elle ne devrait plus
quitter; il n'est pas moral de jouer aux psy qu'on n'est pas!
JE CONSIDERAIS MA MERE COMME MA SERVANTE
En, réalité, l'ogre est incapable
d'amour:
- Son père naturel décède en 1954 sans l'avoir
reconnu, rapporte l'avocat général, mais l'accusé
estime que son père naturel l'a considéré comme
son fils.
II a toujours vécu avec sa mère
jusqu'au décès de celle-ci en 1985, (...). De sa mère,
il dit qu'elle a toujours fait son possible pour qu'il ne manque de
rien et n'a aucun reproche à lui faire. Toutefois, précise-t-il,
il n'éprouvait pas d'amour filial à son, égard.
Ainsi, il déclare :
«A ma majorité jusqu'à mes 35 ans, moment
ou elle est morte, j'ai toujours vécu chez ma mère, personne
que je considérais comme étant ma servante. Je n'étais
nullement attaché à ma mère, son décès
ne m'a pas touché et c'est ainsi que je n'ai pas assisté
à ses obsèques. Je n'ai rien à vous signaler concernant
l'éducation qu'elle m'a donnée et concernant ma relation
avec ma mère, ni en négatif ni en positif: elle m'était
totalement insignifiante».
Renonçant à réclamer
une mesure d'internement, la défense de l'ogre n'a vraiment pas
grand-chose à plaider et comme, étant deux à la
barre, il lui faut encore partager ce pas grand-chose.. Elle déplore
essentiellement qu'il n'existe dans le système pénitentiaire
belge aucune institution capable de traiter les délinquants sexuels
et, à sa suite, quelques journalistes diront ici et écriront
là-bas que ce procès pose une fois de plus le problème
du suivi.